Ajo Sacha - Mansoa alliacea
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L'Ajo Sacha, la liane à l'odeur d'ail de l'Amazonie
Également connu sous les noms d'Ajos Saja, Ajos Sacha, Garlic Vine, Cipó-de-alho, Cipo d'Alho, Bejuco de ajo ou encore Liane Ail, l'Ajo Sacha (Mansoa alliacea (Lam.) A.H.Gentry) est une liane tropicale de la famille des Bignoniaceae. Cette espèce est naturellement présente des Petites Antilles jusqu'à l'Amérique du Sud tropicale, où elle pousse principalement dans les régions humides. Elle est notamment rencontrée en Amazonie péruvienne, brésilienne, colombienne, équatorienne et dans les Guyanes. [1][2]
Pourquoi l’appelle-t-on « Ajo Sacha » ?
Le nom vernaculaire « Ajo Sacha » est généralement traduit par « ail de la forêt » ou « ail sauvage ». La plante doit cette appellation à la puissante odeur d’ail libérée lorsque ses feuilles, ses jeunes rameaux ou son écorce sont froissés ou brisés. Elle est également connue sous les noms de liane ail, faux ail, garlic vine, cipó-de-alho ou bejuco de ajo. [2][3]
Bien qu’elle évoque l’ail par son parfum, l’Ajo Sacha n’appartient pas au genre Allium. Son odeur caractéristique s’explique notamment par la présence de différents composés organosulfurés. Des travaux consacrés au genre Mansoa ont ainsi identifié plusieurs molécules soufrées également connues chez l’ail, parmi lesquelles des dérivés allyliques tels que le disulfure et le trisulfure de diallyle. [3]
Une plante emblématique de l’ethnobotanique amazonienne
Mansoa alliacea occupe une place ancienne dans les savoirs botaniques et les pratiques traditionnelles de plusieurs populations d’Amazonie. Les feuilles, les tiges, l’écorce et les racines peuvent être distinguées selon les régions et les préparations. Les feuilles aromatiques sont également mentionnées comme condiment local et comme substitut de l’ail dans certaines préparations culinaires. [1][3]
Dans certaines traditions amazoniennes, l’Ajo Sacha est présentée comme une « planta maestra », expression employée pour désigner des plantes occupant une place particulière dans les apprentissages, les diètes végétales et les systèmes de connaissance traditionnels. Ses emplois médicinaux, culturels et rituels seront détaillés et référencés dans l’onglet « Usage traditionnel ».
Bibliographie
- Royal Botanic Gardens, Kew. Plants of the World Online – Mansoa alliacea (Lam.) A.H.Gentry.
- Gentry A.H. Studies in Bignoniaceae. Annals of the Missouri Botanical Garden.
- Zoghbi M.G.B., Andrade E.H.A., Maia J.G.S. (2009). The genus Mansoa (Bignoniaceae): a source of organosulfur compounds. Revista Brasileira de Farmacognosia, 19(3), 795-804.
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- Origine
- Pérou
- Poids
- 100g
- Récolte
- 2020
- Conditions de culture
- Sauvage
- Conditions de récolte
- Manuelle
- Date de durabilité minimale (DDM)
- Déc.2023
Les usages traditionnels de l’Ajo Sacha
L’Ajo Sacha (Mansoa alliacea) appartient aux grandes plantes aromatiques de la pharmacopée amazonienne. Ses feuilles, ses tiges, son écorce et ses racines ont été employées dans différentes régions du Pérou, du Brésil, du Suriname, du Guyana et de la Guyane, selon des préparations et des usages variables. Son parfum soufré, très proche de celui de l’ail, explique plusieurs de ses noms vernaculaires : ajo sacha au Pérou, cipó-de-alho ou alho-da-mata au Brésil et bejuco de ajo dans certaines régions hispanophones. [1][2]
Une plante culturellement importante chez les Shipibo-Conibo
Une enquête ethnobotanique conduite dans la communauté shipibo-conibo de Vencedor, dans la région de Loreto au Pérou, classe Mansoa alliacea parmi les espèces médicinales présentant une importance culturelle notable. Les données ont été recueillies par observation participante, conversations informelles et entretiens menés auprès de chefs de famille de la communauté. Cette étude confirme que l’Ajo Sacha ne constitue pas seulement une plante occasionnellement connue, mais une espèce intégrée à un ensemble de savoirs botaniques transmis et encore vivants. [3]
La littérature ethnobotanique péruvienne montre plus largement que la connaissance des plantes médicinales demeure étroitement liée aux pratiques familiales, communautaires et aux spécialistes locaux. Les plantes sont choisies selon leur partie, leur préparation et le contexte dans lequel elles sont employées ; elles ne peuvent donc pas être réduites à une recette universelle applicable à toute l’Amazonie. [3][4]
Les usages documentés chez les Asháninka
Une étude réalisée auprès de la communauté asháninka de Bajo Quimiriki, dans la région de Junín au Pérou, mentionne Mansoa alliacea dans la pharmacopée locale. Les indications rapportées par les informateurs concernaient notamment les douleurs rhumatismales, les refroidissements, la fièvre, les troubles digestifs accompagnés de douleurs abdominales, certaines lésions cutanées et différents troubles désignés selon les catégories médicinales propres à la communauté. [5]
Ces données doivent être comprises comme la transcription de savoirs médicinaux traditionnels. Elles décrivent la manière dont la plante était nommée et employée localement au moment de l’enquête ; elles ne constituent ni une validation clinique, ni une indication thérapeutique applicable en dehors de ce contexte culturel.
Des usages contre les douleurs et les affections fébriles
Plusieurs sources historiques et ethnobotaniques associent l’Ajo Sacha aux préparations destinées aux douleurs musculaires, articulaires ou rhumatismales. Au Suriname, l’infusion des parties aériennes séchées a été rapportée dans les usages traditionnels contre les douleurs rhumatismales et les états fébriles. Au Pérou et au Brésil, les feuilles, l’écorce ou les racines apparaissent également dans des préparations populaires employées lors de douleurs, de fièvre, de refroidissements ou de syndromes grippaux. [1][2][6][7]
Dans certaines communautés du Guyana et des Guyanes, les feuilles et les tiges étaient préparées sous forme de décoctions ou d’infusions destinées à des bains traditionnels. Ces bains étaient notamment employés lors de fièvre, de douleurs musculaires, de refroidissements et de rhumatismes. Chez les Wayãpi, l’emploi externe de la plante dans des bains antipyrétiques a également été recensé. [6][8]
Les préparations contre les refroidissements
Au Brésil, les infusions de feuilles de Mansoa alliacea sont signalées dans plusieurs ouvrages anciens de médecine populaire pour les refroidissements et la fièvre. D’autres relevés brésiliens mentionnent le thé de feuilles lors de toux, de nausées ou de constipation, ainsi que l’emploi oral ou externe des feuilles, de l’écorce et des racines dans les usages populaires contre la douleur et les rhumatismes. [1][9][10][11]
Au Pérou, les feuilles séchées ont notamment été mentionnées dans les usages traditionnels lors de refroidissements et de pneumonies. D’autres inventaires péruviens rapportent également son emploi traditionnel dans le contexte de la malaria ou comme plante insecticide. Ces emplois historiques décrivent des pratiques locales et ne doivent pas être interprétés comme des recommandations médicales contemporaines. [1][12][13]
Décoctions, infusions et bains végétaux
Les formes de préparation les plus fréquemment retrouvées dans la documentation ethnobotanique sont les suivantes :
- infusion des feuilles ou des parties aériennes séchées ;
- décoction des feuilles, des tiges ou de l’écorce ;
- décoction ajoutée à l’eau d’un bain ;
- macération alcoolique de l’écorce ou des racines ;
- feuilles fraîches écrasées pour certaines applications externes ;
- ablutions réalisées avec des feuilles pilées ou macérées.
Dans une enquête menée en Amazonie péruvienne, des ablutions à partir de feuilles écrasées sont signalées pour les douleurs osseuses et les rhumatismes. Dans les Guyanes, les préparations externes de feuilles et de tiges sont rapportées pour les douleurs musculaires et les états fébriles. [6][8][14]
Les documents consultés donnent rarement des quantités suffisamment constantes et précises pour établir un dosage traditionnel unique. Les volumes, la durée de décoction, le nombre de feuilles et la voie d’emploi varient selon les régions, les informateurs et le contexte. Il serait donc trompeur de transformer ces observations en posologie standardisée.
Les macérations de l’écorce et des racines
L’écorce de la liane et l’écorce des racines ont également été employées dans certaines préparations alcooliques traditionnelles. La littérature sud-américaine mentionne notamment des macérations de l’écorce utilisées dans les pratiques populaires relatives aux douleurs musculaires, aux articulations et aux états rhumatismaux. [1][2]
Ces préparations ne doivent pas être confondues avec les formes commercialisées aujourd’hui. Leur composition dépendait de la partie végétale récoltée, de la concentration de la macération, de la durée de repos et des usages propres à chaque praticien.
Une plante des bains rituels et médicinaux
Dans l’Amazonie et les Guyanes, le bain végétal ne relève pas toujours d’une séparation nette entre le soin corporel, l’hygiène, le traitement populaire et la pratique symbolique. L’Ajo Sacha, grâce à son odeur puissante, est intégré dans certaines décoctions utilisées en ablution ou en bain. Ces pratiques sont rapportées lors de fièvre, de douleurs, de refroidissements, mais aussi dans des contextes de purification et de protection culturelle. [6][8][14]
Le parfum de la plante joue vraisemblablement un rôle essentiel dans ces usages. Les feuilles et les fleurs contiennent plusieurs composés organosulfurés, dont l’alliine et différents sulfures d’allyle, également connus dans le genre Allium. Cette proximité aromatique explique le rapprochement constant entre l’Ajo Sacha et l’ail dans les pharmacopées populaires. [1][2]
L’Ajo Sacha comme « plante maîtresse »
Dans certaines pratiques contemporaines issues du végétalisme de l’Amazonie péruvienne, l’Ajo Sacha est présenté comme une « planta maestra », ou plante enseignante. Cette notion s’inscrit dans la pratique de la dieta, période durant laquelle une personne suit un régime alimentaire, social et comportemental spécifique tout en entrant en relation avec une plante déterminée. [15][16]
Les recherches anthropologiques consacrées aux diètes amazoniennes montrent que celles-ci ne sont pas de simples cures de plantes. Elles associent isolement relatif, restrictions alimentaires, abstinences, apprentissage, rêves et accompagnement par un praticien expérimenté. Les objectifs peuvent être médicinaux, initiatiques, spirituels ou liés à l’acquisition de connaissances. [15][16]
Dans certains centres péruviens héritiers de ces traditions, l’Ajo Sacha est symboliquement associé au discernement, à la volonté, à la capacité de choisir et à la clarification personnelle. Ces interprétations appartiennent à un système culturel et thérapeutique particulier ; elles ne correspondent pas à des effets médicaux démontrés au sens clinique. [17]
Protection, purification et usages symboliques
L’odeur forte de l’Ajo Sacha lui vaut également une réputation de plante de protection dans certaines traditions amazoniennes. Elle peut être intégrée à des bains, à des nettoyages rituels ou à des pratiques destinées à éloigner ce qui est culturellement perçu comme une influence néfaste. Ces usages sont à rapprocher de ceux attribués à d’autres plantes très odorantes dans de nombreuses cultures. [2][15][17]
La documentation disponible ne permet toutefois pas d’attribuer une pratique rituelle unique à l’ensemble des peuples amazoniens. Les conceptions varient selon les communautés, les familles de guérisseurs et les territoires. L’expression « plante maîtresse » doit donc être replacée dans le cadre particulier du végétalisme métis et de certaines traditions péruviennes contemporaines.
Usages alimentaires comme substitut de l’ail
Les jeunes feuilles sont également utilisées comme condiment dans plusieurs régions tropicales d’Amérique du Sud. Froissées ou finement découpées, elles communiquent aux préparations une odeur et une saveur rappelant l’ail. Cet emploi alimentaire est particulièrement rapporté au Brésil et dans les régions amazoniennes, où la plante peut accompagner des bouillons, des poissons et diverses préparations locales. [1][2][9]
Cet usage culinaire est directement à l’origine de plusieurs de ses noms : ajo sacha peut être compris comme « ail de la forêt » ou « faux ail », tandis que cipó-de-alho signifie littéralement « liane d’ail ».
Autres usages ethnobotaniques rapportés
Des compilations ethnomédicales recensent encore des emplois traditionnels très diversifiés : préparation vermifuge au Suriname, usages lors de céphalées au Brésil, emploi externe sur certaines lésions cutanées et utilisation populaire dans différents troubles digestifs. Une source attribue également aux Amuesha, aujourd’hui généralement désignés sous le nom de Yanesha, un emploi traditionnel lié à la fertilité. [1][6][8][10]
Cette diversité ne signifie pas que tous ces usages soient partagés par toutes les populations. Elle reflète au contraire la circulation de la plante dans un vaste espace géographique et l’existence de traditions locales parfois très différentes.
Un patrimoine ethnobotanique toujours vivant
La diversité des préparations et des usages attribués à l’Ajo Sacha témoigne de la place importante occupée par Mansoa alliacea dans les traditions amazoniennes. Transmis entre générations, ces savoirs associent usages populaires, pratiques familiales, bains végétaux, alimentation et représentations culturelles propres à chaque territoire.
Bibliographie
- Zoghbi, M. G. B., Andrade, E. H. A. et Maia, J. G. S. (2009). The genus Mansoa (Bignoniaceae): a source of organosulfur compounds. Revista Brasileira de Farmacognosia, 19(3), 795-804.
- Pires, F. B., Dolwitsch, C. B., Dal Prá, V., Monego, D. L., Schneider, V. M., Loose, R. F., Schmidt, M. E. P., Bressan, L. P. et Mazutti, M. A. (2016). An overview about the chemical composition and biological activity of Mansoa alliacea plant. Natural Product Research.
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