Évolution de la science et règlementation : l'exemple du Kratom.

Entre traditions millénaires et débats contemporains, le Kratom incarne la complexité des plantes médicinales. Entre promesse thérapeutique et vigilance réglementaire, son statut oscille au rythme des connaissances et des enjeux de santé publique.


Une plante d’Asie aux usages anciens.
 

Le Kratom (Mitragyna speciosa) est un arbre originaire d’Asie du Sud-Est, notamment de Thaïlande, de Malaisie, de Bornéo et de Nouvelle-Guinée. Membre de la famille des Rubiacées, il peut atteindre 16 mètres de haut et produit des grappes de fleurs jaunes.
Ses feuilles sont utilisées depuis des siècles dans différents contextes traditionnels : pour soutenir la vigilance des travailleurs en Thaïlande, pour lutter contre les infections parasitaires en Malaisie, ou encore comme antidote et diurétique avec une variété proche (Mitragyna stipulosa) en Afrique.

Une action paradoxale selon la dose.

Le Kratom est réputé pour ses effets contrastés :

  • À faibles doses, il stimule l’énergie et la concentration, rappelant l’action du Coca (Erythroxylum coca, de la famille du Catuaba).
  • A fortes doses, il procure détente et soulagement de la douleur, avec des similitudes avec l’Opium (Papaver somniferum).

Cette dualité s’explique par sa composition en alcaloïdes, principalement la mitragynine et la 7α-hydroxy-mitragynine, qui interagissent avec les récepteurs des opiacés.

Feuille de Kratom issue des archives de L
Feuille de Kratom
(NB : cette photographie, issue des archives de L'herboristerie Yannick Bohbot, avait été prise en 2017.
A cette époque, sa vente était encore autorisée en France, et elle était disponible sur notre site.)

Des variétés de Kratom aux profils distincts (rouge, vert, blanc, parfois jaune ou or).

La maturité des feuilles, les conditions de culture et les méthodes de séchage influencent à la fois la couleur des nervures et les effets :

  • Rouge (Red Vein) :  récoltées à maturité avancée, effets sédatifs et antalgiques.
  • Vert (Green Vein) : feuilles récoltées à mi-maturité, équilibre entre stimulation et relaxation.
  • Blanc (White Vein) :  jeunes feuilles, effets stimulants et euphorisants.
  • Jaune/Gold :  résultat de procédés particuliers (mélanges, ou bien séchage avec une légère fermentation ou exposition au soleil), effets intermédiaires entre le vert et le rouge.

La réglementation qui évolue au rythme des plantes

Le Kratom illustre parfaitement comment une plante peut changer de statut légal selon les époques et les pays, en fonction des connaissances disponibles et des enjeux de santé publique.

En Thaïlande, il fut interdit en 1943 avant d’être ré-autorisé en 2021, signe d’un retour encadré après près de 80 ans de prohibition.

En France, il est inscrit depuis le 1er janvier 2020 sur la liste des substances psychotropes interdites, conformément à l’arrêté du 23 décembre 2019.

En Amérique du Nord, la situation est plus permissive : aux États-Unis et au Canada, le Kratom est légal et connaît une popularité croissante.


Ces différences montrent que la réglementation n’est pas figée : elle évolue au gré des études scientifiques, des préoccupations sanitaires et du contexte sociétal.

Entre potentiel thérapeutique des plantes médicinales et vigilance.

La recherche met en lumière des usages prometteurs, notamment pour le soulagement de la douleur. Mais elle souligne aussi des risques : dépendance, troubles du comportement ou complications lors d’usages combinés à d’autres substances.

Ainsi, l’encadrement légal et scientifique vise à protéger le consommateur, tout en laissant ouverte la possibilité d’une réintégration future si un consensus se forme sur sa sécurité et son utilité

Le parcours du Kratom (de l’usage traditionnel à la prohibition, puis parfois à la ré-autorisation) illustre la manière dont les plantes médicinales se situent à la frontière entre ressource thérapeutique et substance à risque. Une frontière mouvante, qui dépend toujours de l’état des connaissances à un instant donné et de la priorité donnée à la santé publique.

Sources : 
The Encyclopedia of Psychoactive Plants: Ethnopharmacology and Its Applications
, Christian Ratsch, 2005.
The Encyclopedia of Aphrodisiacs Psychoactive Substances for Use in Sexual Practices, Christian Rätsch, Claudia Müller-Ebeling, 2013.
Arrêté du 23 décembre 2019 modifiant l'arrêté du 22 février 1990 fixant la liste des substances psychotropes, JO n°0001 du 1 janvier 2020.

Partager ce contenu

Articles en relation

Ajouter un commentaire

Produit ajouté à la liste coup de cœur
Product added to compare.